Le Pêcheur à la Mouche
Le fouet dessina dans l’air matinal des arabesques parfaites, faisant danser la ligne avec une précision qui tenait du prodige. Deux lignes se croisaient et se séparaient dans un ballet aérien, portant cette mouche artificielle qui allait tromper la méfiance des truites. Je regardais, fasciné, cette délicatesse avec laquelle il parvenait à déposer sur l’eau son leurre, imitant à la perfection le vol capricieux d’une mouche véritable.
Dans ce geste répété, je découvrais tout ce qui fait la grandeur d’une existence : l’expérience accumulée au fil des décennies, le savoir-faire transmis de génération en génération, cette passion qui ne s’éteint jamais et cet amour profond de la nature qui unit l’homme à son environnement. Tout était présent dans ce moment suspendu, et le temps lui-même semblait avoir dédié un rayon de soleil particulier pour planifier cet instant et l’imprégner à jamais dans mon cerveau d’enfant.

